Après une effraction : les démarches, dans l'ordre où elles se font
Vous montez à votre étage et la porte n'est pas comme vous l'avez laissée : le bois est éclaté à hauteur de serrure, ou le cylindre pend. À partir de là, l'ordre dans lequel vous faites les choses compte autant que les choses elles-mêmes : un geste dans le désordre peut effacer une trace, faire sauter une garantie, ou vous faire signer une réparation dont vous n'aviez pas besoin. Voici la chronologie réelle, telle qu'on la voit depuis l'atelier, avec ce qui est obligatoire, ce qui est dans les délais, et ce qui attend le lendemain.
Par l'atelier Europe Clés, 22 rue Vaubecour, Lyon 2ème. .
Les premières minutes : ne pas entrer, composer le 17
Le premier réflexe est d'entrer voir l'étendue des dégâts. C'est justement celui qu'il faut s'interdire. Vous ne savez pas si quelqu'un est encore à l'intérieur. Redescendez, sortez de l'immeuble, et appelez le 17 depuis la rue ou de chez un voisin. La consigne du ministère de l'Intérieur est explicite : si les cambrioleurs sont encore sur place, ne prenez pas de risques, privilégiez le recueil d'éléments d'identification (physionomie, vêtements, type de véhicule, immatriculation).
Dans les immeubles anciens de la Presqu'île, le palier est étroit et sans autre issue que l'escalier : raison de plus pour attendre en bas plutôt que devant la porte. Regardez au passage l'entrée de l'immeuble et la porte de cave. Si le hall ou la porte de rue ont été forcés, ce sont des parties communes : prévenez le gardien ou le syndic, car c'est à la copropriété de faire intervenir, pas à vous.
Ne rien toucher, ne rien nettoyer, tout photographier
La consigne officielle avant l'arrivée des forces de l'ordre tient en deux lignes : préservez les traces et les indices à l'intérieur comme à l'extérieur, ne touchez à aucun objet, porte ou fenêtre, et interdisez l'accès des lieux. Il existe dans chaque département des spécialistes de police technique et scientifique, qui relèvent les traces en vue d'identifier les auteurs. C'est la raison pour laquelle on ne balaie pas le verre, on ne remet pas les tiroirs en place et on ne referme pas la porte forcée pour faire propre.
Cela vaut aussi pour nous : un serrurier appelé trop tôt qui démonte la serrure fait disparaître exactement ce que le technicien vient chercher. La trace d'outil dans le montant, l'empreinte du pied-de-biche sur le chant du vantail, la position du cylindre cassé au sol : pour vous ce sont des dégâts, pour l'enquête ce sont des mesures.
Ce que vous pouvez faire, et qu'il faut faire, c'est photographier avant que quoi que ce soit ne bouge. Un plan large du palier, la porte vue de face, le montant et la gâche de près, la serrure, le cylindre, et l'intérieur pièce par pièce. Ces photos serviront deux fois : à la plainte, puis au dossier d'assurance. Le ministère recommande d'ailleurs, en prévention, de photographier ses objets de valeur et de noter leurs numéros de série, précisément parce que ces clichés facilitent à la fois l'enquête et l'indemnisation.
Déposer plainte : où, comment, avec quoi
Deux voies existent — le guichet et le portail en ligne — et elles ne se valent pas selon votre situation. S'y ajoute une étape que presque tout le monde oublie : récupérer le document.
Le vol est un délit : l'action publique se prescrit par six ans à compter du jour des faits (article 8 du code de procédure pénale). Mais votre assureur, lui, ne vous laissera pas six ans, et le récépissé de plainte est la première pièce qu'il réclamera. Ne repoussez pas.
Au commissariat
Vous pouvez vous présenter dans le commissariat de votre choix, muni d'une pièce d'identité. Pour Lyon 2e, c'est le 47 rue de la Charité, ouvert du lundi au vendredi de 8h à 18h : à quelques minutes à pied d'Ainay, de Bellecour et des Jacobins. La plainte est gratuite, et les services de police ont l'obligation de l'enregistrer.
En ligne
La plainte en ligne, sur le portail Ma Sécurité, est ouverte aux personnes majeures victimes d'une atteinte aux biens dont l'auteur est inconnu — ce qui couvre le cambriolage. La procédure est entièrement dématérialisée si vous vous identifiez avec FranceConnect, qu'il n'y a eu ni violence ni menace et que les faits ne demandent pas de précision supplémentaire ; sinon, elle se termine par un rendez-vous au commissariat.
Récupérer le procès-verbal
La déclaration en ligne est analysée sous sept jours, puis le procès-verbal est mis à disposition en téléchargement pendant six mois. Téléchargez-le et enregistrez-le le jour même : passé ce délai, il faudra le redemander au service qui a traité le dossier.
Déclarer à l'assurance : deux jours ouvrés, pas cinq
C'est le délai que les gens ratent. L'article L113-2 du code des assurances impose de déclarer le sinistre dès que vous en avez connaissance, dans le délai fixé par le contrat, et interdit à ce contrat de descendre en dessous de cinq jours ouvrés — sauf en cas de vol, où le plancher tombe à deux jours ouvrés. Découverte le vendredi soir : le jour de la découverte ne compte pas, le samedi et le dimanche non plus, le décompte commence donc le lundi et vous avez jusqu'au mardi soir. Le ministère de l'Intérieur recommande de le faire par lettre recommandée, en y joignant la liste des objets volés avec leur estimation.
Si vous dépassez ce délai, la sanction n'est pas automatique : la déchéance ne peut être invoquée que si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice, et jamais lorsque le retard est dû à un cas fortuit ou de force majeure. Ce n'est pas une raison pour jouer avec : le délai de deux jours concerne l'alerte, pas le dossier complet, et un simple appel ou un mail horodaté suffit à l'ouvrir.
Regardez ensuite la ligne assistance de votre contrat, souvent oubliée. Beaucoup de multirisques habitation comportent une garantie qui mandate et paie directement un prestataire pour la mise en sécurité provisoire, parfois un gardiennage de quelques dizaines d'heures quand le logement n'est plus fermable. Le numéro figure sur votre attestation. Une fois les constatations faites, appelez ce numéro avant de contacter une entreprise de votre côté : dans le sens inverse, vous avancez les frais et vous discutez du remboursement ensuite.
Sécuriser le jour même — et le cas du samedi
Une fois les constatations faites, la consigne officielle est de faire opposition auprès de votre banque pour les chéquiers et cartes dérobés, et de prendre des mesures pour éviter un second cambriolage : changement des serrures, réparations. Le second passage n'est pas une légende ; une porte déjà ouverte une fois se rouvre plus vite.
Il faut dire les choses franchement : notre atelier du 2e arrondissement est ouvert du lundi au vendredi, de 9h à 18h. Nous n'avons pas d'astreinte de nuit et nous ne travaillons pas le week-end. Si vous rentrez chez vous un samedi et trouvez la porte forcée, nous ne viendrons pas ce jour-là, et il vaut mieux le savoir tout de suite que d'attendre le lundi devant une porte ouverte.
Passer par l'assistance de votre contrat
C'est la voie prévue pour ce cas de figure : l'assureur mandate lui-même l'entreprise et prend souvent en charge directement la mise en sécurité provisoire. Les horaires et le périmètre varient d'un contrat à l'autre : le numéro d'assistance figure sur votre attestation ou dans votre espace client, vérifiez-y ce qui est couvert avant d'engager quoi que ce soit.
Si la porte ferme encore
Mettez ailleurs ce qui peut l'être : papiers d'identité, chéquier, doubles de clés, petits objets de valeur. Si le trousseau a disparu dans le vol, le cylindre devra être remplacé même s'il fonctionne parfaitement — quelqu'un a votre clé et votre adresse.
Si le vantail ne tient plus
La fermeture provisoire consiste à visser un panneau de contreplaqué ou une plaque en reprenant la maçonnerie ou la partie saine du dormant, jamais le bois éclaté qui ne tient plus rien, ou à poser une condamnation en applique. C'est visible, c'est laid, et c'est fait pour tenir jusqu'au lundi, pas davantage.
Ne rien engager de définitif dans l'urgence
Un remplacement complet de bloc-porte décidé le samedi soir sur un palier, sans devis détaillé et sans que l'assureur en ait été informé, se paie souvent au prix fort — et rien ne garantit que votre contrat suivra à ce niveau. Sécurisez d'abord avec le strict nécessaire, décidez du définitif ensuite.
La porte qui ferme encore mais ne protège plus
C'est la situation que nous voyons le plus souvent, et celle que les gens sous-estiment : la porte se referme, la clé tourne, tout a l'air normal. Elle ne protège pourtant plus rien.
L'effraction par pesée consiste à glisser un pied-de-biche entre le vantail et l'huisserie, à hauteur de serrure. Ce qui cède en premier n'est presque jamais la serrure : c'est le bois autour d'elle. Dans les immeubles d'Ainay, des Célestins ou du quartier Carnot, ce dormant a souvent plus d'un siècle ; il se fend dans le fil du bois, sur toute la hauteur, et la fente se referme d'elle-même quand l'outil est retiré. La gâche est toujours là, alignée, mais ses vis ne tiennent plus que dans une fissure.
Ce que l'on vérifie, et que vous pouvez vérifier vous-même : est-ce que le pêne rentre sur toute sa longueur ou vient-il buter ; est-ce que la clé demande plus d'effort qu'avant, signe qu'un coffre à peine déformé fait forcer le pêne dormant ; est-ce que le vantail joue de quelques millimètres quand on pousse à hauteur de serrure, porte verrouillée ; sur une serrure multipoints, est-ce que les points haut et bas sortent encore autant que le point central, ou est-ce que la tringlerie a pris du jeu. Un cylindre attaqué — percé, crocheté, arraché, ou rompu au droit du trou de la vis de fixation — se change même s'il tourne encore : le perçage détruit des goupilles, l'arrachement déforme le barillet et son entraîneur, et ce qui a cédé une fois cède plus vite la fois suivante.
Un devis honnête décrit cela : reprise du dormant, gâche déplacée dans une partie saine, réglage des points, cylindre remplacé. Pas la ligne unique « changement de serrure », qui coûte plus cher et répare moins.
La facture que votre assureur acceptera
Le dépannage et la réparation en serrurerie relèvent de l'arrêté du 24 janvier 2017 sur la publicité des prix dans le bâtiment. Avant tout engagement, le professionnel doit vous communiquer ses taux horaires de main-d'œuvre TTC, ses frais de déplacement et le caractère gratuit ou payant du devis. Le devis, lui, doit indiquer la nature exacte des réparations, le décompte détaillé en quantité et en prix de chaque prestation et de chaque fourniture, le total hors taxes et toutes taxes comprises avec le taux de TVA, et sa durée de validité. Le même texte impose de vous informer que vous pouvez conserver les pièces remplacées : gardez le cylindre cassé, c'est une pièce à conviction pour votre assureur.
Une facture qui se résume à « intervention serrurerie : 1 » ne dit rien à un gestionnaire de sinistre, et c'est celle qui bloque un dossier. Celle qui passe est celle où l'on lit la date et l'adresse d'intervention, la marque et la référence du cylindre ou de la serrure posée, le nombre de points, la remise en état du dormant décrite à part, la main-d'œuvre décomptée en heures, la TVA appliquée, et qui se rattache au devis accepté. Elle doit raconter la même chose que vos photos et que le procès-verbal de plainte.
Un point souvent ignoré : pour des travaux de réparation à réaliser en urgence à domicile et que vous avez expressément demandés, le délai de rétractation de quatorze jours ne s'applique pas, dans la limite des pièces et travaux strictement nécessaires à l'urgence (article L221-28 du code de la consommation). Au-delà de cette limite, il redevient applicable. C'est une raison de plus de séparer les deux temps : on sécurise d'abord, avec ce qui est strictement nécessaire, on décide du définitif ensuite, devis en main et à tête reposée.
Une question sur votre porte ?
Le conseil au téléphone est gratuit, et il nous arrive souvent de dire qu'il n'y a pas besoin de nous.
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